SOUVENIR D’EXPATRIÉ – Avec Denis Lacroix qui nous plonge dans l’Iran des années du Shah

Denis Lacroix était en 1996 conducteur de travaux au sein de la Société Générale d’Entreprise, une importante multinationale spécialisée dans le BTP devenue plus tard la SOGEA. C’est aussi à cette même époque qu’il démarre sa vie d’expatriée qui le conduira principalement en Iran et en Arabie Saoudite, deux pays qui l’ont marqué à jamais. Retour sur un passé chargé de souvenirs. Première escale: l’iran

 

Quelle était la durée prévue de votre séjour et combien de temps aviez-vous séjourné dans ce  pays ?

Initialement, je devais y rester deux à trois ans.  La révolution islamique en a décidé autrement, j’y suis resté un an.

Comment viviez-vous sur place  ?

Très agréablement, Téhéran, à l’époque, était une capitale fort civilisée où on trouvait à peu près de tout. Les conditions de logement étaient satisfaisantes, la population aimable et les loisirs abondaient. Les conditions de travail étaient un peu plus difficiles, les iraniens sont des gros roublards – mais sympathiques. Les paysages sont grandioses, du désert du centre à la forêt quasi-tropicale de la Caspienne. Cette mer est moche.

Que voulez-vous dire par “cette mer est moche”  ?

La mer Caspienne est grise, le littoral est morne, les plages peu attractives. On s’y baigne l’été, les femmes iraniennes se baignaient alors en tchador ce qui, pour les plus jeunes, une fois mouillées, soulignait leur silhouette…
Mais c’est là où vivent les esturgeons.  était à deux pas de notre chantier, et les ouvriers de cette fabrique nous vendaient «  en douce  » des boîtes de 500 g à des prix dérisoires. C’était l’osciètre, les gros grains gris, le meilleur. Je connais peu de personnes qui aient mangé autant de caviar que moi !

Quand vous parlez des conditions de travail un peu difficile, pouvez-vous nous dire quel était votre secteur d’activité  ?

J’étais toujours dans le BTP, notre client s’appelait Nassiri, le général-en-chef de la terrible SAVAK, la police secrète du Shah. Il a été un des premiers à se faire zigouiller.

Pouvez-vous m’en dire plus sur l’accueil de vos collègues de travail à votre arrivée?

Excellent accueil, mes collègues avaient fait leurs études en France et parlaient un excellent français. Jusqu’à l’arrivée de Khomeyni, les Français étaient bien vus en Iran, leur élite parlait notre langue. Une avenue de Téhéran portait le nom d’Anatole France; a-t-on un boulevard Omar Kayam à Paris ?

Et à titre privé, comment avez-vous jugé l’accueil des autochtones et quels souvenir gardez-vous de cette époque  ?

A titre privé, je n’ai que de bons souvenirs des autochtones, qui se sont montrés très accueillants. Autant les hommes que les jeunes  femmes, puisque j’étais célibataire à l’époque.  Les soirées étaient assez chaudes, et les Iraniennes très belles…

Comment faut-il se comporter dans la société iranienne, y-a-t-il une attitude particulière à adopter  ?

Il ne fallait surtout pas les mésestimer. C’est un peuple très fier de leur culture et de leur passé – même s’il paraît lointain. Il ne faut pas non plus les prendre pour des arabes, ce qu’ils ne sont pas. Les Perses étaient indo-européens, la langue iranienne, le farsi, ressemble à une langue européenne.
Les Iraniens considèrent comme impoli de contredire quelqu’un. D’ailleurs ils disent rarement “non” (na-kheir) mais basculent la tête vers l’arrière d’un coup sec.

Quelles sont les différences culturelles avec la France et comment les vivez-vous  ?

Grosses différences, sociales, politiques, religieuses.
Socialement : Une infime minorité de la population détenait la plus grande richesse du pays.  Tant que les pauvres ignoraient qu’ils l’étaient, ça marchait.  Mais avec l’avènement de l’ère des communications, ça ne pouvait pas durer. Pour nous Français, c’était bizarre mais pas forcément dérangeant.
Politiquement : le régime du Shah était une dictature.  Sa police secrète, la SAVAK, était crainte comme la GESTAPO durant le nazisme.  Pour nous Français, habitués de longue date à la démocratie, c’était dérangeant.  Une censure très sévère sévissait dans la presse.  Les gens avaient peur de s’exprimer publiquement (c’est peut-être pire aujourd’hui ?).
Religieusement : l’Islam, bien sûr, ce n’est pas la chrétienté.  Il fallait faire attention à ne pas contrarier les Mollahs. Ne pas porter de shorts, ne pas boire ni fumer ostensiblement pendant le Ramadan (plus doux qu’en Arabie), etc… Curieusement, l’Islam iranien sait faire preuve de tolérance, puisqu’on trouve encore des églises arméniennes et une synagogue à Téhéran, ce qui serait inconcevable au Proche-Orient.
Mais ce sont ces différences qui rendent le voyage intéressant car sinon, autant rester chez soi !

Quels étaient vos loisirs ?

La communauté expatriée la plus importante était anglaise; comme partout où ils vont, les Anglais organisent une vie sociale riche en loisirs. Donc de nombreuses “parties” le vendredi, jour férié. Puis excursions dans le désert, visite de belles cités (Ispahan notamment, magnifique), sports d’hiver dans l’Elburz…

Pouvez-vous nous décrire votre cadre de vie  : maison, quartiers, commerces, amis étrangers, Français

Je veux bien, mais je vous rappelle que j’y étais du temps du Shah, il y a belle lurette ! Les choses ont dû bien changer. J’étais en Arabie Saoudite entre 95 et 2000, ceci vous intéressera peut-être davantage ?

Propos recueillis par Georges T. VINAPON

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