VIVRE AILLEURS – Avec Henry Estievenarth qui nous mène en plein cœur de la Côte d’Ivoire

Ancien cadre dans la première société de grande distribution belge, Henry Estievenarth est installé en Côte d’Ivoire depuis plusieurs années où il vit en famille. Un choix qu’il ne regrette pas et se plait à dire que “l’expatriation est un choix qui a ses avantages et ses inconvénients et que si les inconvénients te pèsent, tu rentres chez toi…

Où résidez-vous et quelles étaient vos activités et votre situation familiale avant votre premier grand saut pour l’Afrique ?

J’étais employé chez GB-INNO-BM, première société de grande distribution belge, avec comme fonction field mechandiser. J’étais ainsi chargé de l’implantation des rayons, de la technique de vente, de la formation des vendeurs et de la remontée des informations vers les achats… J’étais marié, père de deux enfants âgés de 5 à 8 ans et propriétaire d’une maison. J’avais peu d’activité en dehors de mon travail qui était très preneur en temps avec 80.000 kms à parcourir en voiture par an. Et j’avais aussi à m’occuper de ma maison que je transformais par mes propres moyens avec des travaux lourds: changement de toit, construction d’un garage, cuisine extérieure…

Quelle a été votre première destination et peut-on savoir quelles ont été les principales motivations à votre « expatriation » ?

Ma première destination a été la Guinée Conakry. Le poste était gérant d’un supermarché et gérant de la société. La motivation a été, de manière sous-jacente, l’envie de changer mon train-train quotidien et le facteur déclenchant : l’appel d’un ancien collègue qui s’était expatrié et qui m’a annoncé que son employeur cherchait des candidats pour des postes à pourvoir.

Comment viviez-vous sur place ?

Le contrat “expatrié” prévoyait une prise en charge totale, c’est-à-dire : logement, voiture, personnel de maison, eau-électricité, billet d’avion (1 par an pour toute la famille), école, téléphone, assurance, retraite… Le salaire servait donc uniquement à se nourrir et à se divertir. La vie en Guinée était donc agréable sauf si on considère qu’il n’y a de l’électricité que 50 heures par semaine, pas de cinéma, théâtre, ou autre activité culturelle,… Mais je dis toujours que l’herbe est toujours plus verte dans le pré d’à côté, que l’expatriation est un choix qui a ses avantages et ses inconvénients et que si les inconvénients te pèsent, tu rentres chez toi… 

Vous débarquez très rapidement en Cote d’ivoire où vous viviez actuellement. Comment voyez-vous ce pays aujourd’hui?

Les plus belles plages de la Côte d’Ivoire

ici “vieux” est une marque de respect !!

On peut voir la Côte d’ivoire du côté de ses plages, de son soleil, de la facilité de vivre (personnel de maison à des prix défiant toute concurrence), de la qualité de la nourriture (tout est bio ici, pas de fongicides, engrais et autres…), du rythme de vie, de la qualité morale de ses habitants (l’éducation africaine a beaucoup à enseigner du côté moral aux “blancs”: ici “vieux” est une marque de respect!!)…

On peut la voir du côté de ses tracasseries policières, de l’omniprésence de la corruption, de la pauvreté de l’esprit au travail, de l’insouciance en règle de vie qui rend toute tâche longue (trèèèès longue à faire) du manque de respect des règles normalement suivie en Europe (règle de circulation: feu, dépassement sur les trottoirs…, file dans un établissement ou lors d’une manifestation,… en gros, manque d’éducation aux règles “moderne”.

Mon supérieur direct dans la société où je travaillais m’avais conseillé avant de partir d’avoir trois choses au départ (il était un ancien du Congo belge…): un bon contrat ; un billet retour  et une brosse à dent.

Ce faisant il me disait qu’un départ en Afrique doit toujours se faire en sachant deux choses: la situation sécuritaire du pays peut te forcer à rentrer en abandonnant tout ce que tu as sur place du jour au lendemain (Je l’ai vécu puisque la Côte d’Ivoire, pays considéré comme le plus stable d’Afrique de l’ouest a basculé sans crier gare en 1999 dans les affres des coups d’état et crises multiples).

Au regard de votre expérience, quels conseils pourriez-vous donner à ceux qui veulent s’expatrier ?

Il ne faut jamais partir en expatriation “à l’aventure” car cela débouche le plus souvent sur des déboires amers (sauf exceptions et belles histoires mais très risquées…). L’expatriation est souvent vécue comme un moyen de se faire rapidement de l’argent mais peut-être aussi vouée à l’échec ou pas. Tout dépend  de ce que recherche chacun.  

 En Guinée comme en Côte d’Ivoire, comment avez-vous jugé l’accueil de vos employés?

Vue extérieure de la basilique de Yamoussokro en Côte d’Ivoire

L’africain est très psychologue. Je me suis toujours fait la réflexion que dans un CV, “Afrique” faisait “tâche” ! Et pourtant… ! Si les DRH savaient à quel point un africain est subtil, ils reverraient leurs positions.  En Afrique tu ne peux pas te fâcher car c’est une marque de faiblesse, il faut être très fin psychologue dans la direction d’une équipe. Il faut montrer ton mécontentement, “mettre leur nez dans leur “caca” comme on dit ici, leur prouver qu’il y a moyen de faire autrement et mieux, sinon tu n’arrive à rien. Un chef qui se fâche tous les jours les fait sourire doucement… Ici en deux jours, ils savent comment tu fonctionne, il faut la main de fer dans un gant de velours.

Les guinéens m’ont fait pleurer le jour où je suis parti

Les guinéens qui sont en général connu comme des voleurs, m’ont fait pleurer le jour où je suis parti. Ils m’ont fait une fête; ils m’ont offert des présents qu’ils ne peuvent même pas rêver acquérir dans leur vie (boubou en bazin riche), ils ont écrit un poème… j’en ai encore la chair de poule quand j’en parle ! L’africain est très riche à condition de l’écouter et de le comprendre. 

L’ivoirien (et surtout l’abidjanais) est un peu plus marqué par la civilisation blanche et a pris, hélas les mauvais côtés des deux civilisations qui se sont côtoyées ici. Il est aigri par le fait que l’argent a coulé à flot dans les années 60/70 et la source s’est tarie. En revanche, lorsque tu rentre à l’intérieur du pays tu retrouve la spontanéité africaine, leur accueil, leur valeur avec un V majuscule ! Ici pas besoin de rendez-vous lorsque tu arrive chez quelqu’un tu es le bienvenu et on partage ce qu’on a.

Auriez-vous quelques anecdotes à nous raconter?

Vue intérieure de la basilique de Yamoussokro en Côte d’Ivoire

Je vous raconte justement une histoire qu’un DRH ou un DG européen ne peut même pas imaginer: J’ai travaillé pour une société dans le grand nord de la Côte d’Ivoire. Elle avait été mise à mal par un repreneur qui l’avait vidée de sa substance. Lorsque celui-ci a fuit, le personnel expat, qui était resté de l’ancienne direction s’est arrangé avec les banques et les fournisseurs qui ont été “plantés” afin de reprendre la société au franc symbolique et faire un moratoire sur 5 ans pour rembourser les dettes. Un nouveau Directeur général a été nommé, c’était l’ancien directeur d’exploitation. Deux ans après cet arrangement la voiture du nouveau Directeur Général (une peugeot 505 full option) tombe en panne. Ce dernier jugeant les réparations trop chères et l’achat d’une nouvelle voiture pas opportun, utilise une 205 qui était disponible.

Après quinze jours une délégation du personnel vient le voir pour se plaindre. La plainte était la suivante: “il n’est pas normal que notre Directeur Général roule en 205” “Vous devez acheter une voiture plus en adéquation avec l’importance de la société” Le Directeur Général leur explique que si un achat de véhicule doit se faire ce sera un camion qui est plus nécessaire pour la société qu’une voiture pour le Directeur Général. Ce à quoi le personnel lui répond que si c’est une question d’argent, le Directeur Général n’a qu’à prendre une partie de leur salaire mais que eux ne peuvent pas accepter être représenté par un Directeur Général en 205.

Ceci explique aussi pourquoi l’africain a cette fâcheuse tendance à venir t’expliquer ses problèmes et à te demander de les résoudre.

L’explication de cette attitude vient du fait qu’en Afrique le villageois s’identifie à son chef du village et que plus celui-ci est opulent, plus le village est considéré et donc sa population aussi. Par contre le chef doit subvenir à tous les besoins de la population (maladie, funérailles,…) Ceci explique comment il est possible pour certains président de s’enrichir outrageusement alors que la population est dans la misère, (voir Mobutu et autres). Ceci explique aussi pourquoi l’africain a cette fâcheuse tendance à venir t’expliquer ses problèmes et à te demander de les résoudre. La pression familiale est chez eux très difficile à supporter. Le membre de la famille qui travaille doit subvenir aux besoins de tous et donc il est constamment sollicité pour résoudre l’hospitalisation du neveu, le décès de l’oncle, le mariage du cousin…. Cela influe énormément sur leur qualité de travail car souvent il est plus préoccupé par la difficulté à résoudre ses problèmes personnels que ceux de son employeur… Il faut le savoir pour pouvoir les gérer.

Depuis votre arrivée dans votre pays d’accueil, avez-vous réussi à développer un réseau amical ?

Le roi des N’Zima de Bassam orné de ses bijoux.

Oui bien sûr j’ai fait des relations de tous ordres. Un de mes meilleurs souvenir est l’accueil que j’ai eu lorsque je suis allé visité l’épouse d’un de mes collaborateurs qui avait accouché en Guinée.  On aurait dit que je lui avait offert un cadeau d’une immense valeur alors que j’étais simplement venu chez lui. Les relations ici sont d’une valeur incroyable, des années après certains de mes anciens collaborateurs m’appellent pour “dire bonjour” alors que je sais que leur téléphone est prépayé et qu’ils dépensent peut-être jusqu’à la moitié de leur crédit pour le faire. Une expérience marquante aussi a été mon “baptême” baoulé organisé par l’un de mes meilleurs amis ici en Côte d’Ivoire (je m’appelle donc Kouassi car je suis né un lundi)

En Europe le cercle de mes amis se limitait peut-être à une vingtaine de personnes, et encore pas toutes toujours très sûres. Ici je ne peux les compter et leur sincérité est vraie (en tout cas de mon point de vue). D’aucun diront que cela est intéressé mais cela est dû simplement à leur conception du chef.

Propos recueillis par Georges T. VINAPON

Interviews >> Merci de cliquez ici pour nous contacter

Retour >> Les Belges Ailleurs Les Européens AilleursVivre Ailleurs ∗

Voir aussi… 

 A la découverte des pays francophonesÉtudier dans les pays francophones ∗ Se nourrir dans les pays francophonesSe soigner dans les pays francophones Se déplacer dans les pays francophones Se loger dans les pays francophones ∗ Investir ∗&∗ Opportunités d’investissement dans les pays francophones ∗ Travailler dans les pays francophones  Les petites annonces

     Retour >> Page d’accueil

facebook

Expatmosaïque s’efforce de diffuser des informations exactes et à jour, et corrigera, dans la mesure du possible, les erreurs qui lui seront signalées. Toutefois, elle ne peut en aucun cas être tenue responsable de l’utilisation et de l’interprétation de l’information contenue dans cette publication.

Espace publicitaire