VIVRE AILLEURS – Avec Kofi Yamgnane, franco-togolais et ancien ministre sous François Mitterrand

Homme politique franco-togolais, secrétaire d’État chargé de l’Intégration auprès du ministre des Affaires sociales et de l’Intégration de 1991 à 1993 sous François Mitterrand, conseiller régional de Bretagne de 1992 à 1997 et député socialiste du Finistère lors de la XIe législature de 1997 à 2002, Kofi Yamgnane se livre à coeur ouvert sur son passé, son présent et son futur.

Expat Mosaïque: Qui êtes-vous exactement, Monsieur Kofi Yamgnane ?

Kofi Yamgnane : Je suis né au Togo, pays de l’Afrique occidentale dans le Golfe de Guinée. Je suis arrivé en France depuis septembre 1964, depuis donc 52 ans ! Je suis devenu, à mon corps défendant, un homme politique français, ayant pris la nationalité française depuis 1975. Quant à mon parcours professionnel, je suis ingénieur des Mines, diplômé de l’École des Mines de Nancy. Puis j’ai travaillé dans l’Administration française des Ponts et Chaussées dans le Département du Finistère en Bretagne où j’étais Chef du Bureau d’études des Ouvrages d’Art(Ponts, tunnels, quais…etc.). J’ai pris ma retraite professionnelle en 2010 au sein du Conseil Général des Ponts et Chaussées à Paris au Ministère de l’Environnement.

Comment était votre vie dans votre pays d’origine ?

KY : Ma vie dans mon village du nord du Togo était une vie extraordinairement saine même si j’étais privé de tout ou à peu près. Mon activité de jeune Bassar était la chasse à l’arc et à la flèche. À 7 ans j’ai été envoyé à l’école de la mission catholique de Bassar puis à 11 ans au Collège Saint Joseph à Lomé, en qualité de pensionnaire. J’y ai passé le baccalauréat mathématiques en juin 1964 pour arriver en France en septembre de la même année en classe de mathématiques supérieures(Math Sup) au lycée Kérichen à Brest.

Qu’est-ce qui vous a motivé à partir ?

KY : Je suis parti pour poursuivre mes études supérieures puisqu’à cette époque-là, il n’existait aucun établissement d’enseignement supérieur au Togo. Il était incontournable, pour ceux qui voulaient obtenir une formation supérieure, de partir à l’étranger : moi j’ai choisi d’aller en France…

J’étais confiant et heureux de partir afin de revenir participer au développement de mon pays après ma formation.

Comment s’est passé votre départ ?

KY : Le plus simplement du monde : le chef du service de coopération française m’a convoqué ; m’a annoncé que j’étais admis en classe de « Math Sup » à Brest ; que je bénéficiais d’une bourse d’études de la part de la France ; m’a remis un billet d’avion pour Paris souhaité bonne chance pour mes études.

Départ à l’aventure ou bien préparé?

KY : Ni l’un, ni l’autre ! Je ne partais pas à l’aventure puisque j’étais « invité » en quelque sorte pour venir faire mes études supérieures. Ce départ n’était pas non plus spécialement préparé puisque j’ai su que je partais juste quelques jours avant la date effective de départ. À cette époque-là, et il n’y avait même pas besoin de visa d’entrée en France. Donc j’étais confiant et heureux de partir afin de revenir participer au développement de mon pays après ma formation.

Départ à l’aventure ou bien préparé?

KY : J’ai été totalement dépaysé : je ne connaissais pas ce pays, ni ses mœurs, ni ses coutumes ; je ne connaissais pas la nourriture et je l’ai trouvée plutôt froide et insipide à mon goût. Les études étaient difficiles et les gens froids les uns par rapport aux autres. J’étais le seul étudiant Noir de toute la ville de Brest. Les relations chaleureuses de mon Togo natal avaient disparu pour laisser place à l’indifférence et cela paraissait impensable pour moi de m’adapter à ce genre de culture… De plus, il faisait froid et pluvieux, très pluvieux ! Il m’est arrivé de penser à repartir chez moi !P2-kofi

Mais je dois à la vérité de dire que ce ne fut pas facile

Comment s’est passé l’intégration dans votre pays d’accueil ?

KY : Lorsque j’ai compris que de toutes les manières, il fallait réussir mes études, j’ai compris aussi qu’il me fallait faire tous les efforts indispensables pour m’intégrer dans la société d’accueil. Je me suis donc « accroché » ; je me suis fait des amis ; je suis entré dans la vie associative lycéenne. J’ai feint d’ignorer le racisme qui transpirait des pores de la société et finalement, c’est moi qui suis parti à « l’abordage » pour conquérir mes hôtes et transformer en atout ce qui pouvait apparaître comme un handicap. Surtout, j’ai rencontré cette fille qui est devenue ma femme et la mère de mes 2 enfants. Elle m’a beaucoup soutenu dans mon combat pour l’intégration. Comme dira Jakez Hélias 35 années plus tard :

«Kofi YAMGNANE, dont le nom signifie «vive le savoir» est devenu le symbole d’une intégration réussie à force d’intelligence, de patience, de tolérance, de générosité et de constante détermination à remplir les tâches pour lesquelles on s’estime être fait. Mais l’histoire des hommes est-elle autre chose qu’une série d’intégrations successives?».

Mais je dois à la vérité de dire que ce ne fut pas facile : j’ai connu le racisme, le refus de logement, le mépris, les injures et même les menaces de mort lorsque je suis devenu un personnage public. Aujourd’hui, lorsque je regarde dans mon rétroviseur interne, je me dis que tout compte fait, cela valait bien la peine d’essayer de m’intégrer, c-à-d essayer de vivre comme vivent les hommes et les femmes chez qui j’ai finalement décidé de construire ma vie et je crois que j’y ai pas mal réussi… Je me sens plus riche que le Togolais de ma génération toujours resté au Togo, plus riche que le Breton de ma génération toujours resté en Bretagne.

La plus grande difficulté rencontrée l’a été dans mon milieu professionnel

Décrivez-nous votre cadre de vie ?

KY : Aujourd’hui je vis en Bretagne, dans cette commune qui m’a élu maire 2 fois de suite : Saint Coulitz. Mon épouse et moi avons acheté un joli terrain d’environ 1 ha sur lequel nous avons construit notre maison, une maison toujours pleine de rires et de débats : beaucoup de pelouse que je tonds moi-même, juché sur ma tondeuse à gazon ; un verger de plus de 50 arbres fruitiers, allant du pommier au noyer en passant par le poirier, le châtaigner, le noisetier, le pêcher, le néflier, le prunier…etc ; un potager où nous cultivons toutes sortes de légumes ; un poulailler qui nous donne nos œufs de consommation familiale…

C’est ici que je vis, au milieu de ma famille et de mes amis : sur ma chaise longue sur la terrasse l’été ; au coin du feu allumé dans ma cheminée l’hiver… à lire, à discuter, à sommeiller aussi parfois.

3 choses que vous adorez dans votre pays d’accueil ?

KY : C’est un pays organisé dans le temps comme dans l’espace ; son modèle de démocratie politique, économique et sociale et enfin il a une culture exceptionnelle.

3 choses que vous adorez dans votre pays d’accueil ?

KY : La France a un côté fanfaron qui agace(on n’a pas de pétrole, mais on a des idées) ; son nationalisme invétéré qui l’a conduit à l’esclavage d’autres peuples et à la colonisation d’autres nations ; son côté prétentieux(il suffit à un Français de séjourner 3 semaines dans une capitale africaine pour se bombarder ensuite « spécialiste de l’AFRIQUE », toute l’Afrique bien sûr!)

À quelles difficultés êtes-vous le plus confronté ?

KY : La plus grande difficulté rencontrée l’a été dans mon milieu professionnel : il m’a toujours été demandé d’être 3 ou 4 fois plus compétent que mes collègues français pour occuper un poste équivalent. J’ai retrouvé cette même difficulté, véritable injustice, dans le milieu politique lorsque j’en ai attrapé le virus…

Un fait marquant à nous raconter ?

KY : Quand j’étais étudiant à Brest, mon professeur de physique me pria un jour à dîner. La chose n’était pas si courante que je ne pusse l’estimer à son juste prix : j’étais le seul étudiant noir de toute la ville !

Habituellement, c’était « la dame de maison » qui préparait les repas. Ce soir-là, la femme du professeur avait elle-même fait la cuisine. Au moment de manger la salade verte, je me suis aperçu qu’il y avait sous les feuilles, dans mon assiette, une énorme limace, vivante, bien entendu.

J’avais le choix entre deux solutions : repousser la limace au bord de l’assiette, ou bien ne pas toucher à la salade en invoquant je ne sais quel prétexte. Si je laissais paraître le moindre signe de dégoût, je risquais de froisser mes hôtes, de les gêner, de gâcher la soirée.

Je pris le parti d’envelopper la limace dans une feuille et d’avaler le tout sans mâcher. Je l’ai fait par respect pour cette femme qui s’était donné beaucoup de mal, pour mon professeur que j’aimais beaucoup. J’estimais qu’il était de mon devoir de ne pas créer d’incident pour un détail sans importance. Et je n’en suis pas mort.

Je ferai l’éloge de la limace. Elle nous invite à définir nos comportements en fonction de certains critères qui rendent agréable, ou tout au moins possible, la vie en société. N’importe quelle conversation entre les membres d’une même famille, comme autour d’une table de négociation, attire une profusion de limaces qu’il est bon de savoir avaler sans mâcher. Le quant-à-soi nous inviterait à recracher les limaces à la figure de notre interlocuteur, qui en tient autant à notre service.

Généralement, celui qui détient la certitude – la plus bête de toutes – d’avoir raison, collectionne les limaces sur le bord de son assiette. Il n’y a plus qu’à se lever en renversant les chaises et à se jeter les assiettes à la tête. L’oubli de soi est la première qualité de l’avaleur de limaces. Si l’on demeure sous la sujétion insidieuse de Sa Majesté-le-Moi, la limace devient le prétexte de la troisième guerre mondiale. L’idée platonique qu’on peut se faire de soi-même finit par trouver des limaces même là où il n’y en a pas.

Je crois que la limace est appelée à jouer un grand rôle dans une société qui ne croit plus faire de différence entre la vanité et le respect de soi-même, lequel n’est jamais que la réplique du respect des autres. Je n’ai jamais dit que j’aimais les limaces, mon africanité pourrait soulever des doutes sur mes goûts culinaires ! Disons que je fais avec.

Ne gaspillons pas les limaces que nous trouvons dans notre assiette sous une feuille de salade. C’est l’occasion de nous prouver à nous-mêmes que nous sommes capables d’ingurgiter ce qui nous déplaît pour mieux savourer en commun ce qui nous plaît.

« De la limace et du citoyen » ou l’apprentissage du savoir-vivre. Cette expression va bien au-delà des bonne manières et décèle en chacun de nous la capacité de réciprocité où se décline à l’infini la somme des devoirs oubliés dont le manque se fait cruellement sentir à tous les échelons de la société des hommes…

iI ne se passe pas un jour sans que je pense à eux, aux Africains, à la vie qui est la leur, à leur misère…

Côté culinaire ? Quelle est votre spécialité locale préférée ?

KY : Non, rassurez-vous, je n’aime vraiment pas la limace ni tout ce qui lui ressemble. Ici ce que j’aime pardessus tout, ce sont les fruits de mer : tourteaux, araignées de mer, huîtres, crevettes, langoustines à la mayonnaise ou bien grillées et flambées « au lambig » et toutes les sortes de poissons cuisinées de toutes les manières possibles. Et puis comment oublier les crêpes que mon épouse réussit si bien !!!

Vos amis sont plutôt originaires de votre pays, des expatriés internationaux ? Les Français sont-ils sympas / accueillants?

KY : Non, mes amis sont de toutes origines : autochtones ou « étrangers ». J’aime les voir pour discuter de la marche du monde : les paysans, les pêcheurs, les ouvriers, les cadres… pour m’imprégner de leurs difficultés, de leurs joies, de leurs peines. J’aime les Bretons qui me le rendent bien, je crois : j’aime leur langue, leurs danses, leur culture…J’aime leur terre ; j’aime leur mer. Quant aux Français, j’y compte beaucoup d’amis et il serait malhonnête et présomptueux de ma part de les traiter tous de « sympas/accueillants » : ils sont comme tous les autres humains avec des gens « sympas/accueillants » et d’autres pas « sympas/accueillants ».

Avez-vous des contacts réguliers avec votre entourage resté dans votre pays d’origine ?

KY : Oui : il ne se passe pas un jour sans que je pense à eux, aux Africains, à la vie qui est la leur, à leur misère… Il ne se passe pas un jour où je n’ai pas plusieurs conversations téléphoniques avec le continent…et puis j’y vais chaque fois que je le peux et au moins 1 fois par an, pour un séjour de quelques mois.

Les 3 choses de votre pays d’origine qui vous manquent le plus ?

KY : Parler, parler même à des personnes qu’on ne connaît pas, la palabre ; les saisons : la sèche pour sentir le vent chaud de l’harmattan, la pluvieuse pour voir ces trombes d’eau qui dévalent les pentes et propagent les odeurs des feuilles mortes trempées ; les cérémonies d’initiation où les adolescents apprennent la vie.

Les 3 choses de votre pays d’origine qui vous manquent le moins…

KY : L’obligation faite aux hommes de se rassembler pour chanter les louanges du « patron » et danser pour le « remercier » de la moindre réalisation relevant pourtant du devoir de l’État ; la corruption généralisée qui gangrène toute la société du plus bas niveau jusqu’au sommet ; les feux de brousse qui déforestent et poussent les hommes vers le dénuement et même vers la famine. Cela me fait pleurer…

Avez-vous prévu de revenir vivre dans votre pays d’origine un jour ?

KY : Oui bien sûr, je rentrerai un jour dans mon pays d’origine et en tout état de cause, je rentrerai en Afrique. Je me sens tellement redevable envers le pays qui m’a donné le jour et la chance de la découverte que je ressens comme un impérieux devoir de lui restituer un peu de tout ce qu’il m’a donné.

Avez-vous évolué ou grandi depuis votre départ ?

KY : Oui, j’ai grandi : si je porte le prénom de Kofi, c’est parce que je suis un garçon né le vendredi et que l’on n’attendait pas…ma mère avait déjà 2 garçons et elle attendait une fille. Patatras ! Ce fut encore un garçon ! Autant dire que, bien que fils de vendredi, je suis né sans Robinson pour me tenir en laisse, dans la brousse au fin fond du Togo.

En Europe, j’ai appris, souvent à mes dépens, que je ne devais compter que sur moi-même pour trouver mon chemin à travers les trop nombreuses chausse-trappes de la vie «civilisée» de ce «trop civilisé» monde occidental …

Encore aujourd’hui, dans cette quête d’une société togolaise pacifiée, ouverte, généreuse, réconciliée avec elle-même, je connais le poids de la solitude.

Mon père, mon grand-père, mon arrière-grand-père et, aussi loin que l’on puisse remonter dans ma généalogie, tous mes aïeux étaient métallurgistes tapou: ils maîtrisaient le feu et savaient transformer en fer le minerai de la montagne de Bangéli, mon village d’origine.

Quand venait la saison sèche propice à la chasse, ils chassaient, à l’arc et à la flèche. Aucun gibier ne les faisait reculer: nous sommes des Bassar issus du quartier de Bikoulkpambe, celui des «chasseurs d’éléphants».

Dans les années 1880, les colons blancs sont arrivés: des Allemands. Les miens se sont battus contre eux pour les empêcher de prendre la terre de leurs aïeux. Ils ont perdu la guerre: ils ont été soumis, déshonorés, acculturés. Face à cela, je ne nourris ni haine, ni rancune, ni soif de vengeance, ni désir d’exiger le repentir de qui que ce soit… ainsi s’écrit l’histoire des hommes. J’en ai simplement pris acte.

Oui j’ai grandi !

Je ne suis ni religieux dogmatique, ni athée, ni même agnostique… mais un déiste cosmopolite qui accepte les enseignements de différentes religions. Je crois seulement en une puissance universelle qui est présente dans le cosmos et qui maintient sa cohésion et son harmonie: en cela, je suis profondément l’Africain que je n’ai jamais cessé d’être… Je crois donc au destin.

Le mien est venu à ma rencontre sous la forme d’un homme, un missionnaire qui a su convaincre mes parents de me laisser partir avec lui, à son école, à 40 km de mon clan. Votre fils «a l’air intelligent», leur avait-il dit, à bout d’arguments. On connaît la suite, mais pas toute la suite: elle est en train de s’écrire…

Déjà aujourd’hui, je mesure le chemin parcouru et je note sans aucune perturbation ni aucune fierté particulière, que trois temps ont scandé ma vie:

Né animiste dans la brousse togolaise, sans chercher à dominer personne, je m’impose par ma différence: héroïsme?

Emmené à l’école des blancs par un inconnu, plongé malgré moi dans le monothéisme chrétien, je gagne la confiance de mes maîtres-missionnaires-convertisseurs: sagesse?

Enfin par hasard pris en charge par la République française laïque, égalitaire et tolérante, j’acquiers la conscience que pour vivre ensemble, il faut accepter la diversité: mythe?

Oui, trois temps:

– le temps de l’héroïsme pour comprendre et accepter la différence,

– le temps de la sagesse pour gagner la confiance,

– le temps du mythe pour acquérir la conscience.

Ce parcours ne connaît aucune rupture, aucune discontinuité: tout est ordonné et continu. J’ai seulement grandi ! Oui j’ai grandi, j’ai beaucoup grandi !

Un lieu insolite dans votre pays d’accueil à partager avec nous ? Quel est votre endroit préféré ?

KY : Près de chez moi il y a une grande forêt de chênes multi centenaires, de hêtres, de bouleaux… Dans cette forêt il s’est passé des choses extraordinaires pendant la 2e guerre : c’est ici que les résistants ont décimé les troupes allemandes et réglé leur compte à beaucoup de Français collaborateurs. Il y a là un énorme rocher en granit qui doit faire au moins 30 m3, c-à-d plus de 75 tonnes. Mais sur ce rocher il existe un point, un seul à partir duquel un gamin peut le faire bouger : un spectacle à ne pas manquer ! Ici chez nous, on l’appelle « la roche tremblante ». La légende veut que ce soit là qu’on a égorgé des dizaines de soldats allemands…Bretagne mystérieuse !

Mais par-dessus tout, c’est en bord de mer, la mer d’Iroise, à la Pointe de Pen Hir en presqu’île de Crozon, que je vais chercher inspiration et paix. J’aime les tas de pois, ces rochers déchiquetés par la mer en colère qui y pleure des larmes blanches comme l’écume qu’elle hisse au sommet de ces hauts rochers.

J’aime la Bretagne du vent qui hurle, du soleil qui brille, des nuages qui menacent, de la pluie qui tombe dru ou sous forme de crachin, des vagues qui grondent…sur la Pointe de Pen Hir.

J’aime la Bretagne et les Bretons : leur langue quand elle est chuchotée, quand elle swingue, quand elle pleure… J’aime sa culture qui tient tête à Paris et aux girondins ; j’aime la Bretagne ouverte au monde dans ses festivals variés, son drapeau gwen ha du et même dans son folklore coloré…

Les projets pour l’avenir ? Envie de rentrer dans votre pays d’origine ? de vivre dans un autre pays ?

KY : Oui un seul projet : rentrer chez moi, sur mon continent de naissance pour mettre mes diverses et nombreuses expériences au service des miens, des Africains. Peu importe le pays, pourvu que ce soit en Afrique : voilà mon ambition ! J’ai une ambition pour le continent, je n’ai pas d’ambitions pour moi.

Découragée, désespérée, affamée, la génération suivante, celle qui est arrivée après la mienne, a purement et simplement déserté le combat pour la liberté.

Que diriez-vous aux personnes qui ont envie de venir tenter l’aventure dans votre pays d’accueil ? Des conseils ?

KY : J’appartiens à cette génération d’Africains qu’on qualifie «d’intermédiaire», celle qui avait moins de 15 ans au moment des indépendances des pays africains. Nous étions assez grands pour connaître, comprendre et même admirer ceux que nous avons accepté d’appeler «les pères des indépendances»: Ben Bella, Bourguiba, Nasser, Haïlé Sélassié, Senghor, Sékou Touré, Houphouët-Boigny, Nkrumah, Olympio, Lumumba, Kenyatta, Modibo Kéita, Mandela, ainsi que les non-alignés: Gandhi, Sihanouk, Tito, et…les autres. Cependant nous n’étions pas assez «mûrs» pour participer aux luttes contre le colonisateur, autrefois esclavagiste.

Notre génération a accédé ensuite au pouvoir, succédant à ces figures de proue qui furent parfois éliminées par le crime.

Qu’en a-t-elle fait, de ce pouvoir conquis dans la violence, souvent avec l’aide des colonisateurs que nos pères croyaient avoir mis dehors, mais qui utilisent les nouveaux venus pour régler leurs comptes à ceux qui avaient osé les braver pour libérer leurs pays?

Jeunesse africaine, ne quitte pas le continent ! Son développement ne dépend que de toi ! Non, ne pars pas

Incapables de montrer le chemin de la liberté si chèrement conquise, incapables de guider leurs peuples vers le développement, avides de richesses, les nouveaux maîtres de l’Afrique sont quasiment tous devenus, peu ou prou, des dictateurs, des suceurs du sang de leurs propres frères et sœurs.

Découragée, désespérée, affamée, la génération suivante, celle qui est arrivée après la mienne, a purement et simplement déserté le combat pour la liberté. Réfugiée dans le combat pour la survie, reprenant à son compte les valeurs d’argent et d’individu, aujourd’hui dominantes, elle a cru n’avoir plus que le choix entre:

émigrer quoi qu’il arrive et quel qu’en soit le prix à payer : beaucoup ont disparu pendant cette macabre «transhumance»; la plupart de ceux qui sont parvenus à «l’eldorado» traînent leur misère dans les villes européennes ou américaines, bardés de diplômes universitaires mais obligés d’accepter pour quelques euros, des boulots de sous-hommes: éboueurs, gardiens d’immeubles, membres d’organismes de sécurité privée… surexploités, mal logés, pourchassés par la police…

…ou bien se transformer, en Afrique, en bandits de grands chemins : coupeurs de routes, racketteurs, preneurs d’otages, pirates des mers, trafiquants en tous genres, chefs de guerre, assassins…

Au besoin, ils tentent d’ennoblir leurs crimes en invoquant la «guerre sainte», le djihad, en appelant l’islam au secours, alors que ce faisant, ils trahissent allègrement le prophète, le Coran, la Sunna…

L’Afrique est à la croisée des chemins: c’est le moment pour la jeune génération de se ressaisir, de reprendre le chemin de la conscience et de se mettre au travail pour délivrer le continent.

Jeunesse africaine, ne quitte pas le continent ! Son développement ne dépend que de toi ! Non, ne pars pas : l’émigration, ce n’est pas la solution !

Comment vous voyez-vous dans le futur ?

KY : Je me vois en Afrique, sillonnant les routes et les pistes latéritiques pour expliquer que la priorité pour l’Afrique, c’est l’agriculture sans laquelle il ne peut y avoir d’indépendance ; la priorité pour l’Afrique, l’énergie électrique sans laquelle aucun développement n’est possible… Oui mon avenir est en Afrique

Propos recueillis par Georges T. VINAPON 

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